Les enseignements de la journée bois énergie pour le Carladez

18 février 2014
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Categorie : Action territoriale
18 février 2014, Commentaires : 0

Dans le cadre de l’action GPEC-T (Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences du Territoire), menée par l’Association Trait d’Union, le besoin d’une rencontre sur le bois énergie s’est fait ressentir pour apporter une information générale sur ce sujet.

Intervenants : Chantel Marlène (Chambre d’Agriculture), Courty Guillaume (Aveyron Energie Bois), Guillemot Philippe (CRPF), Viargue Jérôme (mairie de Pruines) , Thévenet Emilie (Communauté de Communes du Pays de Murat)

Présents : E. Lacombe (Sylva Bois Développement), D. Minerva (Conseil Général Aveyron), B. Vivet (chargé de mission forêt et filière bois, PNR Aubrac), Tuaillon F. (Animatrice GPEC-T, Association Trait d’Union), D. Tarrisse (Président Association Trait d’Union)

Excusés : B. Cazal (DATAR Massif Central), P. Mestre (maire de Thérondels), O. Savoye (Agence de développement EDF)

But de la journée :

– Faire un point sur le contexte local des 3 projets de chaudières collectives publiques en bois énergie

– Exposer des exemples de chaudières collectives en Aveyron et dans le Cantal, des exemples proches des projets du Carladez

  Dresser les différents approvisionnements possibles du bois énergie

– Questionner la façon dont l’approvisionnement en bois énergie peut s’organiser localement : quelles sont les conditions matérielles et techniques (collecte, broyage, stockage, séchage) ?A quelle échelle un projet peut être viable (individuellement ? collectivement ?), qui sont les partenaires qui peuvent aider à structurer la démarche ?

– Répondre aux questions des personnes présentes

Introduction de Daniel Tarrisse, qui rappelle l’origine des réflexions sur le bois énergie en Carladez, autour de la démarche TPE initiée par le Conseil Général. Puis la rencontre avec Guillaume Courty d’Aveyron Energie Bois, à qui les collectivités ont demandé d’analyser les opportunités locales. 

Ouverture de Fannie Tuaillon, précisant que cette journée fait suite a sa mission, où l’intérêt pour la production de bois énergie a été exprimé par des artisans et des agriculteurs.

Présentation de la réunion par Guillaume Courty.

1.     Présentation des chaufferies collectives de Pruines et Murat

Intervention de Emilie Thevenet, de la Communauté de Communes de Murat, et de Jérôme Viargue, de la mairie de Pruines.

o   Pruines : une installation comparable au projet de Lacroix Barrez

– Réseau chaleur : chauffage de la mairie, de l’école, de la salle des fêtes

– Fonctionnement : commune propriétaire et se charge de l’exploitation. Le technicien municipal se charge  de la collecte, le stockage, le broyage (location matériel), le séchage (6 mois), l’entretien de la chaudière

– Approvisionnement bois : Elagage des routes, dépôt de l’entretien des parcelles par les agriculteurs locaux

– Point de vigilance : plus la chaudière est petite, comme dans ce cas, plus la qualité des plaquette doit être optimale (granulométrie, humidité,..) notamment pour éviter d’endommager la chaudière

o   Murat : une installation comparable au projet de Mur De Barrez

– Réseau chaleur : 1230 mètres, 6 bâtiments publics

– Fonctionnement : communauté propriétaire des bâtiments, et exploitation confiée à une entreprise gestionnaire : Cofely, la collectivité ne pouvant gérer seule un réseau de cette importance.

-Approvisionnement : produits connexes de scieries (dans un territoire où des scieries importantes produisent beaucoup de déchets bois)agriculteurs, exploitants forestiers.

– Un espace pédagogique permet aux visiteurs de mieux comprendre le fonctionnement de ce réseau de chaleur bois énergie.

– Point de vigilance : Pour faire du bois énergie un réel projet de développement local, ce qui est le cas à Murat, la rédaction du cahier des charges pour l’exploitant doit stipuler un approvisionnement local, (possible juridiquement grâce aux clauses environnementales).

Mme Thévennet rappelle également qu’il est important de bien dimensionner le projet dès le départ pour les utilisateurs identifiés, le réseau de chaleur ne peut pas être agrandi par la suite (capacité insuffisante de la chaudière).

2.     Le point sur les projets de chaufferies collectives en Carladez, comment valoriser localement la demande future en bois énergie ?

Intervention de Guillaume Courty de Aveyron Energie Bois, et des maires concernés

 

o   De la ressource locale à la filière

– Un potentiel en bois énergie important sur ce territoire de montagne

– Une demande locale présente dès aujourd’hui, à travers des chaudières bois privées, dont les fournisseurs viennent du Cantal

– L’approvisionnement local devra s’appuyer sur : la volonté des élus, des acteurs locaux (agriculteurs, activités de 2ème transformation, …) engagés dans la démarche, la mise en avant du contexte géographique pour privilégier les circuits courts

o   3 projets publics : Mur de Barrez avec son réseau de chaleur,  Lacroix-Barrez et Brommat pour des chaufferies bois

– Situation des projets : études d’opportunités et de faisabilité réalisées. Reste : le choix du maître d’ouvrage et du montage juridique (spécifique à chaque projet), le lancement des phases de conception et de réalisation (à court terme pour Lacroix Barrez et Pleau), et enfin le travail sur l’approvisionnement.

– Consommation totale en bois : 3 300 MAP/an (Mètre cube Apparent de Plaquette)

– Investissement total : Mur de Barrez : 1,2 millions d’euros, Lacroix Barrez : 200 000 euros, Pleau : 350 000 euros, subventionnablesà 40%. A cela s’ajoute le coût des rénovations thermiques de bâtiments.

Ces investissements engagés par les collectivités publiques, pourraient avoir un impact direct sur l’économie locale : économies sur les dépenses de fonctionnement pour les gestionnaires des bâtiments, approvisionnement local en bois énergie, rénovation thermique des bâtiments pour l’artisanat, valorisation touristique de l’initiative (route de l’énergie, pôle nature).

Par ailleurs, des chaufferies bois existent déjà en Carladez, chez des agriculteurs qui ont été des précurseurs et qui s’alimentent eux même, chez des particuliers (résidents secondaires et permanents), et collectifs (monastère Sainte Claire), et depuis 1 an, le village vacance AZUREVA, avec une chaudière à granulés (économie de 40% par rapport au gaz).

Pour répondre à cette demande future en bois énergie, si les projets arrivent à terme, l’approvisionnement devra s’engager dans une démarche de qualité de la matière fournie, mais également se doter de compétences particulières, répondre aux appels d’offres par exemple.

La consommation de bois dans les projets locaux est certes importante mais elle ne permettrait pas à elle seule de créer une entité de production pouvant se suffire à elle seule. L’approvisionnement doit donc être le fruit d’un travail collectif (artisans, agriculteurs, entrepreneurs, collectivités), pouvant apporter un plus à chacun tout en valorisant une ressource locale.

3.     La forêt : une source possible du bois énergie, dans le cadre d’une gestion forestière durable

Intervention de Philippe Guillemot, du CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière)

o   Importance d’une gestion durable de la forêt

La forêt, pour son intérêt économique, écologique, social doit être entretenue et exploitée durablement. Cette gestion durable est gage d’intérêt pour la génération actuelle et pour en garantir l’utilisation aux générations suivantes. D’autant que des règles existent, et les peines encourues pour une « coupe abusive » sont lourdes.

o   Un contexte géographique à prendre en compte

Pour que les investissements en matériel et en temps pour l’exploitation forestière ne dépassent pas son rendement, plusieurs aspects doivent être analysé :

– Pente des terrains boisés

– Qualité des bois

– Présence ou non de pistes forestières et de points de dépôts pour l’extraction du bois

Des parties des gorges de la Truyère par exemple, avec une très forte pente, et des bois médiocres paraissent inexploitables.

o   Le bois énergie en dernière étape de la valorisation des bois forestiers

Le bois énergie ne vient qu’après l’optimisation des forêt pour la production de bois nobles, par : 

– la valorisation des boisements non améliorables (matière qui ne peut être destinée à la transformation de bois)

– la valorisation des coupes d’amélioration (éclaircies) des boisements améliorables

– la valorisation de produits actuellement non améliorables

Le bois énergie n’utilise donc pas le bois noble, mais les produits connexes, auparavant appelés déchets.

4.     La structuration de l’approvisionnement en plaquettes, l’étape entre la matière première brute et la clientèle

Intervention de Marlène Chantel, de la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron

o   Partir d’un amont solide, l’approvisionnement, pour pouvoir se positionner sur l’aval, les chaudières

Pour valoriser les « déchets » de l’activité agricole et sylvicole, en répondant à une demande nouvelle en bois énergie, des questions s’imposent :

– La capacité de stockage ? Quelle quantité ? Chez qui ?

– La sécurité de l’approvisionnement ? Arriver à fournir tout le temps.

– Comment assurer la qualité ?

– Comment organiser la distribution du bois transformé ?

– Comment contractualiser la vente de bois ?

Pour ne pas faire de déçus chez les personnes souhaitant se lancer dans la production de bois énergie, il est important d’anticiper ces questions, et de le travailler à plusieurs, en mettant en place par exemple, une structure intermédiaire.

Marlène Chantel rappelle que la Chambre d’Agriculture peut accompagner cette structuration.

o   Exemple de structuration des acteurs économiques


Intervention de M. Lacombe de Sylva bois, qui précise la démarche de filière, avec l’identification aujourd’hui des personnes intéressées sur le Carladez.

Questions/réponses avec les personnes présentes et les différents intervenants.

 

Conclusion :

La variété des intervenants a permis de répondre à une salle dynamique, et désireuse d’éclaircir des points techniques et réglementaires autour de l’approvisionnement en bois énergie. Les exemples de chaufferies collectives et des réseaux de chaleur ont permis d’apporter cette touche de concret pour les personnes n’ayant pas eu la chance de visiter les installations de Pruines et de Murat, et de voir dans les deux cas, comment ces chaufferies ont des retombées concrètes sur le développement de leur territoire.

L’importance d’une coopération forte des acteurs désirants produire du bois énergie a été rappelée par tous les intervenants techniques, c’est à cela que doit travailler dans le futur le Carladez, d’autant que les intervenants ont rappelé leur disponibilité à épauler ces démarches, dans le cadre de leurs compétences respectives.

L’Association Trait d’Union remercie les intervenants, les élus, toutes les personnes présentes, pour cette journée d’information et d’échanges instructive.

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